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La French Tech Brussels

Le logo European Digital Sovereignty Day sur la scène de Flagey, Summit 2024
Le logo European Digital Sovereignty Day sur la scène de Flagey, Summit 2024. Photo : La French Tech Brussels

Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles

Un entrepreneur d’Hexa, la PDG de BeAngels et des responsables de Bpifrance et d’EISMEA ont débattu à Flagey, en mai 2024, du financement des start-up européennes. Le débat est allé au-delà de l’argent, vers le droit des sociétés, la fiscalité et la culture du risque.

L’essentiel

  • Pour Jeanne Andrade, de Bpifrance, champions nationaux et marché européen plus autonome vont de pair
  • Stéphane Ouaki, d’EISMEA, voit une piste dans le statut de société européenne, à adapter aux start-up
  • Selon un intervenant, les avantages fiscaux sont essentiels pour orienter l’épargne vers de grands fonds

Pour Thibaud Elzière, entrepreneur chez Hexa, un marché local est une force, jusqu’au moment où l’on mesure sa taille. Les start-up européennes restent un peu tributaires de cette taille, et la force devient une faiblesse quand le marché est petit. Il a décrit une autre voie : faire naître des licornes européennes en s’adressant directement aux marchés étrangers, comme le fait Hexa en créant des entreprises mondiales.

Le modérateur, Thibault Griez, d’Expleo Belgique, avait lancé le débat : faire naître plus de licornes en Europe, est-ce seulement une affaire d’argent ?

Plus qu’une affaire d’argent

Pas seulement, a répondu Claire Munck, PDG de BeAngels.

« Il y a une grosse problématique de financement pour la croissance, mais il y a également ce côté fluidité, finalement, de la chaîne de création et de croissance des entreprises. »

Claire Munck, BeAngels

Même constat chez Thibaud Elzière, qui a appelé à un environnement européen plus fluide pour créer des entreprises, les financer et recruter. Jeanne Andrade, responsable de programme chez Bpifrance, a présenté deux démarches complémentaires, pas incompatibles : développer des champions nationaux et un marché européen plus autonome.

Un Delaware européen ?

Un statut d’entreprise européen faciliterait-il l’accès au financement ? Un intervenant a proposé un raccourci. Son exemple : aux États-Unis, les start-up sont immatriculées au Delaware. En attendant une solution européenne, un petit État membre neutre pourrait jouer ce rôle de pivot.

Un autre intervenant a fait remarquer que le statut de société européenne existe depuis 20 ans, mais qu’il sert surtout à des sociétés créées par de grands groupes, comme Airbus.

Stéphane Ouaki, chef de département à l’agence européenne EISMEA, a exclu que son institution recommande un État membre, vu la concurrence entre États membres que cela implique. Autre piste à explorer : mettre à jour le statut de société européenne, qui n’a pas été conçu pour les start-up. Il a plaidé pour qu’une telle proposition vienne du secteur, car c’est mieux quand elle vient du terrain que de la Commission.

Prendre des risques, mobiliser l’épargne

Reste la culture du risque. Jeanne Andrade a évoqué de possibles différences culturelles, avec des milieux plus prudents en Europe. Stéphane Ouaki ne voyait pas, lui, de grande différence de mentalité entre entrepreneurs et investisseurs européens et américains. Il plaçait la principale différence dans l’accès au financement, bien plus facile et plus large aux États-Unis.

Pour Claire Munck, l’entrepreneuriat et l’investissement à risque ne sont pas pour tout le monde. Les business angels doivent accepter de pouvoir perdre leur premier investissement. Elle a évoqué une difficulté propre à certains pays : il y est difficile d’accepter que des institutions publiques qui veulent entraîner des investisseurs privés prennent le même risque qu’eux. Elles ne peuvent alors pas attendre les rendements de prêts aux entreprises.

Sur la fiscalité, un intervenant a présenté le Tax Shelter belge pour les start-up, créé au niveau fédéral en 2015. En mai 2024, le dispositif décrit permettait de déduire de ses impôts jusqu’à 45 % des montants investis dans des start-up. La limite était de 100 000 euros investis par an.

Le même intervenant a décrit les avantages fiscaux comme la cerise sur le gâteau pour les investisseurs privés. Ils deviennent toutefois essentiels, à ses yeux, pour mobiliser les fonds de pension, l’assurance vie et les plans d’épargne au profit des grands fonds qui manquent à l’Europe.

Politique ou commercial ?

Thibaud Elzière a cité des valeurs partagées en Europe, comme la protection des données et le droit d’auteur. Sa réponse sur la souveraineté numérique : « Donc plutôt politique, mais à travers un bras économique. »

Même lecture chez Claire Munck, qui a parlé d’un projet politique, avec un vrai défi : le concilier avec la réalité économique. Jeanne Andrade a décrit elle aussi une dimension politique évidente. Elle était moins sûre que la souveraineté elle-même soit une question commerciale.

Stéphane Ouaki a prévenu que l’Europe pourrait perdre sa capacité à influencer son avenir si elle manque le tournant technologique en cours. Sa conclusion : « Le commercial, le politique ici se rejoignent. »

La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.