
Summit 2025 · L’heure de l’action · 23 juin 2025 · Square Brussels
En juin 2025 à Bruxelles, trois dirigeants de la tech et de l’investissement ont dit ce que demande une technologie souveraine en Europe : du temps, du capital patient, des partenaires. Pour deux d’entre eux, la souveraineté est aussi un marché.
L’essentiel
- Sébastien Couet prévoyait quelques années avant que Vertical Compute arrive sur le marché : les partenariats doivent commencer maintenant
- Pour Claire Munck, de BeAngels, les investisseurs ont besoin du levier public et de financeurs à chaque étape
- Pour Alexandre Zapolsky, l’open source permet à chacun d’essayer une innovation et de réaliser sa propre preuve de concept
Des colonnes verticales de données, reliées directement aux cœurs de calcul dans une puce. La courte vidéo projetée par Sébastien Couet, cofondateur et directeur technique de Vertical Compute, a montré cette architecture. Le but : éviter le trajet lent et énergivore des données jusqu’au cœur. Selon lui, l’entreprise ne fait pas la partie calcul, et son élément central est une mémoire 100 fois plus dense que la concurrence.
Le matériel prend du temps
Chez Vertical Compute, Sébastien Couet s’attendait à quelques années de délai avant la mise sur le marché, vu une chaîne d’approvisionnement très complexe. Les partenariats doivent donc commencer maintenant. Le matériel coûte cher et rapporte lentement, a-t-il expliqué, ce qui en principe n’attire pas les investisseurs. L’entreprise a pourtant bouclé sa levée de fonds en 48 heures, a relevé la modératrice, Emmanuelle Ghislain, PDG de Pulse Foundation.
« Ce sont vraiment les pioches et les pelles de l’IA, et les investisseurs le comprennent. »
Sébastien Couet
Du capital patient à grande échelle
Pour Claire Munck, PDG de BeAngels, la deep tech et le matériel ont besoin d’un « capital super patient ». Elle a pointé un manque en Europe : des fonds de taille suffisante, et des partenariats public-privé ayant la masse critique pour prendre assez de risques, afin que certaines entreprises réussissent. En deep tech, une sortie peut arriver après 10 à 12 ans plutôt qu’après cinq à sept. Les investisseurs ont donc besoin d’un effet de levier du secteur public et d’une chaîne complète de financeurs.
Alexandre Zapolsky, fondateur et PDG de Linagora, a jugé inadapté à la tech souveraine le modèle classique du capital-risque, conçu pour multiplier un investissement en cinq à huit ans. Il a appelé les banques et organismes publics à agir comme investisseurs stratégiques de long terme, au niveau européen et dans chaque pays. Il a posé une autre condition à une véritable souveraineté numérique : des acteurs tech détenus par des citoyens ou des organisations européens.

L’open source, voie vers le marché
L’open source, selon Alexandre Zapolsky, est un moyen puissant de faire grandir une innovation : les gens l’essaient et réalisent leur propre preuve de concept. Son entreprise, Linagora, développe des logiciels libres et open source, dont un espace de travail numérique. Elle travaille aussi dans l’intelligence artificielle open source. Il a cité un client : la Commission européenne, qui a déployé la plateforme de transcription et de traduction en direct de Linagora dans 1 100 salles de réunion.
L’open source peut-il fonctionner pour le matériel ? Sébastien Couet envisage une ouverture partielle : l’entreprise veut garder certaines parties, mais pourrait ouvrir la partie conception pour favoriser l’adoption. La voie facile serait de développer la technologie et de se faire racheter par l’un des grands acteurs du matériel d’IA. Le défi est de rester aussi indépendant que possible, et de trouver une autre voie en Europe. Son conseil aux innovateurs : apporter au travail leurs valeurs fondamentales. Les siennes : l’Europe et les personnes.
Un marché pour les innovateurs européens
Claire Munck a pris l’exemple de Passbolt, une entreprise luxembourgeoise du portefeuille de BeAngels. Spécialisée dans la gestion de mots de passe open source, elle compte de très gros clients aux États-Unis. Le message de Claire Munck : « La souveraineté, c’est une affaire de business. Ce n’est pas seulement une question de politique publique et de protectionnisme. »
Alexandre Zapolsky voit dans la souveraineté un véritable marché, où les innovateurs européens ont leur place. Selon lui, les dirigeants des grandes entreprises, et pas seulement les responsables informatiques, s’en préoccupent désormais. Ils ont compris le risque de mettre tous leurs œufs dans le même panier. « Cela vient d’en haut. C’est complètement nouveau. »
La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.