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La French Tech Brussels

L'auditorium de Flagey pendant l'ouverture du Summit 2024
L'auditorium de Flagey pendant l'ouverture du Summit 2024. Photo : La French Tech Brussels

Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles

Une diplomate française, un responsable de la Commission européenne et un économiste ont ouvert le premier French Tech Sovereignty Summit Brussels, à Flagey, en mai 2024. Leurs discours sont allés de la politique numérique française aux règles européennes sur les plateformes, puis à l’intelligence artificielle.

L’essentiel

  • Pour Caroline Vinot, la politique numérique française tient sur trois piliers : protection des données, régulation, financement de l’innovation
  • Thibaut Kleiner voit l’Europe placer ses valeurs à la source de ses règles comme de ses technologies
  • Bruno Colmant juge que l’intelligence artificielle pose surtout la question du partage des gains de productivité

« Ça veut dire tout simplement que nous prenons notre destin entre nos mains. » Par cette phrase simple, Thibaut Kleiner a commencé à définir la souveraineté au nom de la Commission européenne, où il était directeur. Dans son récit, la notion était encore assez nouvelle au niveau européen. Elle a été accueillie au début avec scepticisme, et avec une question : protectionnisme ou pas ? L’idée a gagné une réelle acceptation au cours des cinq dernières années.

Trois piliers à la française

Pour Caroline Vinot, chargée d’affaires par intérim à l’ambassade de France, la politique publique française du numérique repose sur trois piliers. Le premier est un cadre de protection des données. Le deuxième est un cadre réglementaire, avec pour exemples le Digital Services Act et le Digital Markets Act. Le troisième est une vraie politique de financement et de soutien de l’innovation. Chaque pilier se décline à l’échelle nationale et à l’échelle européenne.

Elle a donné deux chiffres. Les plans France Relance et France 2030 ont consacré un peu plus d’un milliard d’euros aux innovations de rupture, à la deep tech et à l’intelligence artificielle. En une décennie, selon elle, le nombre de start-up françaises est passé de 1 000 à 25 000. La France accueillerait aussi un sommet sur l’intelligence artificielle en février 2025.

Des valeurs aux règles

La définition de Thibaut Kleiner comprend aussi une technologie qui sert les individus, et qui n’est pas utilisée contre les personnes, la démocratie ou les droits de l’homme. Il y voit une spécificité de l’Europe : des politiques qui placent ses valeurs et ses principes à l’origine de sa réglementation, mais aussi de la technologie qu’elle produit.

Cette réglementation, il l’a montrée à l’œuvre sur les plateformes. Les magasins d’applications doivent désormais permettre aux entrepreneurs de traiter directement avec leurs clients sans payer 30 %. Après une action de la Commission, TikTok a retiré une version Lite qui, selon lui, incitait les enfants à passer toute la journée devant l’écran. La Commission agissait aussi, a-t-il affirmé, pour que les produits proposés par Alibaba en Europe ne soient pas contrefaits et respectent les normes européennes de sécurité.

« Donc cette réglementation, elle se met en œuvre maintenant, on est tout au début, mais ça marche. »

Thibaut Kleiner

Il a aussi chiffré l’effort européen. Le Conseil européen de l’innovation a investi un milliard d’euros dans des start-up depuis 2022. Ses services, à la Commission, investissent plus de deux milliards d’euros par an dans l’innovation.

Une révolution copernicienne

Pour Bruno Colmant, économiste, l’intelligence artificielle (IA) est une révolution copernicienne. Après le néolithique et la révolution industrielle, a-t-il soutenu, un troisième basculement est en cours. Les capacités cognitives humaines y seront étendues dans des proportions difficiles à imaginer aujourd’hui.

La vraie question, pour l’économiste, est le partage des gains de productivité. Les systèmes fiscaux et sociaux reposent encore sur un modèle manufacturier, dans lequel le travail finance l’État. Selon lui, le capital, qui fournit les outils qui remplacent le travail humain, l’emportera sur le travail.

Une politique industrielle pour l’IA

L’Europe, selon Bruno Colmant, a en grande partie manqué les libéralisations destinées à susciter l’innovation, dans l’énergie et dans les télécommunications. Son constat : « L’Europe se trouve aujourd’hui dans la pire situation, c’est-à-dire d’être le consommateur de ce qui est inventé et produit à l’étranger. »

Sans un sursaut du souverainisme européen, a-t-il averti, l’Europe connaîtrait plus que probablement la même situation avec l’intelligence artificielle. Les gains de productivité quitteraient alors les économies européennes. Il en a tiré un appel à la politique industrielle européenne : se concentrer sur ce changement. Contrairement à d’autres domaines, a-t-il conclu, il n’est pas trop tard.

La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.