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La French Tech Brussels

Le panel de clôture sur la scène de Flagey au Summit 2024 : Mark Hunyadi, Philippe Latombe, Béatrice de Mahieu et Jean-Paul Philippot
Le panel de clôture sur la scène de Flagey au Summit 2024 : Mark Hunyadi, Philippe Latombe, Béatrice de Mahieu et Jean-Paul Philippot. Photo : La French Tech Brussels

Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles

À Flagey, en mai 2024, la modératrice a interrogé un député, un philosophe, la directrice d’une école de code et le patron de la RTBF : l’espace numérique est-il encore démocratique ? Leurs pistes ont porté sur ce qu’il reste à bâtir : des valeurs, la formation et la coopération.

L’essentiel

  • Mark Hunyadi a proposé de faire de l’esprit humain un patrimoine commun de l’humanité, comme les fonds marins
  • Selon sa directrice, BeCode a mis l’intelligence artificielle générative au programme dès son arrivée, en insistant sur la pensée critique
  • Jean-Paul Philippot a appelé les médias publics à unir leurs forces, entre eux et avec des partenaires technologiques

Des autoroutes de l’information sans code de la route ni auto-écoles : l’image est de Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF. En 1994, Jacques Delors lançait ces autoroutes sur une idée de liberté d’accès, d’expression et de contact. On a ensuite oublié le code de la route, selon lui, et on n’a pas créé d’auto-écoles.

Le patron de la RTBF en a tiré un constat : « Je pense qu’aujourd’hui, on ne peut pas affirmer que l’espace numérique est un espace démocratique. » L’année 2024 comptait de nombreuses élections dans le monde. La Belgique allait voter dix jours plus tard aux élections européennes. Le vote y était ouvert dès 16 ans. Son pronostic : la plupart de ces nouveaux électeurs s’informeraient sur les réseaux sociaux, sans garantie sur la qualité des contenus ni sur la neutralité des algorithmes.

L’esprit pris en charge

Mark Hunyadi, professeur de philosophie à l’UCLouvain, a abordé le numérique d’une façon particulière : « C’est véritablement une technologie de l’esprit. » Les outils numériques prennent désormais en charge des fonctions de l’esprit humain, comme produire des textes qui ont du sens. Leur force antidémocratique, dans son analyse, est de s’adresser aux utilisateurs comme à des êtres en quête de satisfaction immédiate, et de contourner le jugement. Les fake news ? Du sucre pour le cerveau, parce qu’elles activent les circuits du plaisir.

Des droits aux valeurs

Aux yeux du philosophe, les droits individuels, protégés par le règlement général sur la protection des données (RGPD) ou d’autres outils, ne sont pas à la hauteur de ce défi. Sa proposition : déclarer l’esprit humain patrimoine commun de l’humanité, comme on l’a fait pour les fonds marins en 1982.

Le député de la Vendée Philippe Latombe l’a rejoint sur un point : le consentement n’est pas tout. Le législateur, selon lui, doit fixer des valeurs plutôt que des règles techniques. Son exemple date de 2018. Un groupe de travail transpartisan de députés et de sénateurs avait alors envisagé une charte des droits numériques dans le préambule de la Constitution française. La réforme a été abandonnée.

Apprendre à conduire

Reste à former les conducteurs. Béatrice de Mahieu dirige BeCode, une école de code en Belgique. L’école, a-t-elle expliqué, forme aux métiers de la tech des personnes vulnérables sur le marché de l’emploi. BeCode a intégré l’intelligence artificielle générative à son programme dès son apparition, avec l’accent sur la pensée critique et logique.

Optimiste, Béatrice de Mahieu voyait dans des outils comme ChatGPT un bon assistant pour les codeurs que forme BeCode, pas un remplaçant. Ses apprenants sont-ils conscients des questions de souveraineté ? Sa réponse : pas assez.

Bâtir en Européens

La RTBF, a indiqué Jean-Paul Philippot, ne donne pas aux grands moteurs de recherche l’accès à ses données. Il a aussi livré une comparaison. Les médias publics européens investiraient chaque année autant que Netflix dans les contenus originaux. Netflix consacrerait toutefois dix fois plus à la technologie de sa plateforme. Sa conclusion : les médias publics doivent travailler ensemble et avec des partenaires technologiques.

Philippe Latombe faisait confiance à l’avenir, à condition que l’Europe le construise, comme elle l’a fait avec le RGPD. Il doutait en revanche qu’un accord mondial puisse être trouvé.

Optimiste comme Béatrice de Mahieu, Jean-Paul Philippot voulait un cadre européen et une régulation anticipée. Il a cette fois puisé son image dans l’industrie automobile : « Personne n’achèterait une voiture qui n’a pas passé un crash test. »

La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.