
Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles
À Flagey, en mai 2024, une investisseuse et trois spécialistes du logiciel ont débattu de la maîtrise européenne des données et de l’intelligence artificielle (IA). Leurs pistes : des capitaux, des acheteurs européens et une « troisième voie numérique », ouverte et interopérable.
L’essentiel
- Stéphanie Hospital veut une Europe aussi peu dépendante que possible dans des secteurs clés, comme la santé ou la défense
- Pour Alexandre Zapolsky, la souveraineté passe par des sociétés rentables et une nouvelle alliance du public et du privé
- Alessandro Fiorentino conseille de choisir ses outils avec soin, en faisant une large place à l’open source
Une quinzaine de marques européennes du vingtième siècle, dont Airbus, s’affichent sur une diapositive qu’Alain Heureux, de Virtuology Academy, montre aux personnes à qui il enseigne. Il y voit des noms qui faisaient de l’Europe le centre du monde. Animateur du débat, il a posé cette question : comment l’investissement peut-il aider l’Europe à garder sa souveraineté ?
Moins de dépendances, plus d’acheteurs
Stéphanie Hospital, fondatrice du fonds OneRagtime, a répondu en investisseuse : « Souvent, on a tendance à confondre souveraineté et propriété. » Administratrice de France Digitale, elle définit la souveraineté autrement. C’est la dépendance la plus faible possible dans des domaines essentiels, comme la santé, la défense et la technologie. Son objectif : que l’Europe se fasse elle-même une place dans des briques technologiques clés, comme les données.
Ses conditions : des capitaux publics et privés sur toute la chaîne de financement, des talents, et des clients qui achètent local. L’investisseuse s’est pourtant dite favorable à la compétitivité et au libre-échange. Elle voit deux options pour l’Europe. La première : trouver des acheteurs européens. La seconde : accepter que des repreneurs internationaux rachètent aussi ses start-up, pour que capitaux et talents se recyclent dans la génération suivante d’entreprises.
Ouverts plutôt que géants
Alexandre Zapolsky, fondateur et PDG de Linagora, a jugé cette analyse assez juste, mais insuffisante pour bâtir la souveraineté numérique de la France et de l’Europe. Son argument : les fonds et les valorisations sont bien plus faibles en Europe qu’aux États-Unis. Sa conclusion : il faut faire différemment.
Il mise sur des entreprises durables et rentables, et sur un partenariat public-privé réinventé. Il en donne un exemple : l’accord stratégique de Linagora avec le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), pour codévelopper des modèles de fondation d’IA. Sur sa liste figurent aussi un Open Source Act européen, un Small Business Act européen et davantage d’achats publics.
Son modèle porte un nom, la « troisième voie numérique » : des écosystèmes ouverts et interopérables plutôt que des géants.
Bien choisir ses outils
L’entreprise de Gaël Duval, Murena, crée un système d’exploitation pour smartphone. Ce système, explique son PDG, n’envoie pas par défaut de données personnelles aux grandes plateformes ni aux éditeurs d’applications.
La régulation est-elle la voie à suivre ? La question est allée à Alessandro Fiorentino, qui a créé la plateforme Adequacy pour aider les entreprises à se conformer au règlement général sur la protection des données (RGPD). Pour lui, l’IA est une nouvelle technique prédatrice de données personnelles. Son conseil au public : bien choisir ses outils, avec une large place pour l’open source.
Un marché à bâtir
Même ambition, approche différente : c’est ainsi que Stéphanie Hospital s’est située par rapport à Alexandre Zapolsky. Elle veut un vrai marché européen. Dans la tech, à ses yeux, le seul marché européen est le passeport financier. Autre condition : des voies de sortie attractives en Europe, pour que les investisseurs prennent des risques tôt.
Un autre intervenant a suggéré une piste : l’autonomie numérique pourrait être un premier pas vers la souveraineté, pour agir sans dépendre de technologies que l’Europe ne maîtrise pas.
Gaël Duval avait donné raison à l’investisseuse sur les financements massifs, comme à Alexandre Zapolsky sur les alternatives. Il voit des pépites partout en Europe. Ce qui manque, c’est une capacité de financement colossale. Son dernier message pour l’Europe : un terreau fertile, mais un sous-investissement à résoudre.
La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.