
Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles
Le PDG de Clever Cloud, une responsable de Scaleway et une dirigeante de l’Institut Mines-Télécom (IMT) ont débattu de la souveraineté du cloud, à Flagey, en mai 2024. Leurs réponses vont de la nature même du cloud au choix d’un fournisseur, jusqu’à l’organisation des chaînes d’approvisionnement.
L’essentiel
- Quentin Adam compare l’informatique à une révolution industrielle, qui mécanise désormais les cerveaux
- Constance Morales conseille de vérifier, contrats à l’appui, où sont stockées les données, de l’entraînement à l’inférence
- Anne-Sophie Taillandier a présenté les labels de Gaia-X, de l’autodéclaration jusqu’à la certification
Facturation unifiée, gestion des identités et des accès, journaux d’accès, interface de programmation (API) gérée. Pour Quentin Adam, PDG de Clever Cloud, le cloud est né le jour où l’infrastructure a commencé à être consommée avec ces services. Ce n’est donc ni une infrastructure ni une technologie. Il attribue le retard de l’Europe à une mauvaise compréhension de ce point. Hakima Chaouchi, de l’IMT, animait le débat.
« Aujourd’hui, le cloud, c’est du soft. »
Quentin Adam
Des données qui voyagent
Quentin Adam, interrogé sur la vie des applications une fois déployées, voit aussi des risques dans ce logiciel. Les applications se découpent en services de plus en plus abstraits. Des API envoient des appels vers des endroits inconnus. Des bases de données peuvent s’étendre sur plusieurs régions. Les données peuvent ainsi tomber sous des lois extraterritoriales. Le risque est de ne pas le repérer.
Choisir son fournisseur
Constance Morales, responsable marketing produit IA chez Scaleway, définit d’abord la souveraineté comme l’autonomie opérationnelle. Cette autonomie doit permettre aux start-up européennes de demain de disposer du matériel et des logiciels dont elles ont besoin. La souveraineté signifie aussi la confidentialité des données au sens du règlement général sur la protection des données (RGPD).
Elle a posé trois critères pour choisir un fournisseur, et les a appliqués à Scaleway. D’abord, ses centres de données sont en Europe, en France, en Pologne et aux Pays-Bas. Ensuite, Scaleway appartient à Iliad, qu’elle a décrit comme une holding 100 % française. Selon ses termes, Scaleway n’est donc pas soumis à une juridiction extraterritoriale. Enfin, elle place le choix de l’open source au cœur du fonctionnement de Scaleway.
Son conseil aux utilisateurs : à chaque étape de l’IA, des données à l’entraînement et à l’inférence, se demander où leurs données sont stockées, notamment au moyen des contrats.
Comment orienter les utilisateurs vers des applications souveraines ? Les réponses des intervenants : des critères objectifs, la prudence face aux offres d’abord gratuites, l’interopérabilité plutôt que l’enfermement propriétaire. Un intervenant a jugé que la souveraineté est peut-être simplement un choix.
La confiance se mesure
Anne-Sophie Taillandier, directrice générale adjointe de l’IMT, s’exprimait comme coordinatrice du Hub France de Gaia-X. Son point de départ : « La donnée ne peut circuler que s’il y a une confiance. » L’IMT est membre fondateur de Gaia-X. Selon elle, cette association basée à Bruxelles compte 330 membres et une vingtaine de hubs.
Les labels Gaia-X ont trois niveaux. Ils couvrent la protection des données, les contrats et la juridiction, la cybersécurité, ainsi que la portabilité et l’interopérabilité. Une partie appelée European Control mesure l’immunité face aux lois extraterritoriales non européennes. Au total, Anne-Sophie Taillandier dénombre 63 critères qui rendent la confiance mesurable. Ils vont de l’autodéclaration, au premier niveau, aux certifications, au troisième.
Mécaniser les cerveaux
Quentin Adam voit dans l’informatique une révolution industrielle de la prestation intellectuelle. Au dix-neuvième siècle, on a mécanisé le muscle humain. Aujourd’hui, ce sont les cerveaux. Il en tire un avertissement : une entreprise qui confie entièrement cette mécanisation à un prestataire perd sa valeur. Sa conclusion : l’informatique est une chaîne de valeur industrielle, et la première règle de l’industrialisation est d’avoir plusieurs chaînes d’approvisionnement, dont des chaînes locales.
Pour lui, le logiciel porte aussi une culture, et la culture européenne comprend le respect des données personnelles. Sa formule tient en deux phrases : « Le RGPD n’est pas un problème. Le RGPD est une opportunité. »
La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.