
Summit 2024 · Vers une souveraineté numérique européenne ? · 28 mai 2024 · Flagey, Bruxelles
Un dirigeant de l’Institut Mines-Télécom et un expert d’Agoria ont cherché, à Flagey en mai 2024, comment former plus de talents pour le numérique européen. Leurs pistes : des alliances universitaires européennes, et un monde académique plus proche des entreprises.
L’essentiel
- Corriger la faible place des femmes aiderait, selon Vincent Charvillat, à former 20 % d’ingénieurs en plus
- Pour Jeroen Franssen, l’Europe doit agir comme une seule région : collaborer, mais aussi concentrer
- Pour attirer les talents, Vincent Charvillat veut mieux faire connaître l’excellence des formations européennes
Former 20 % d’ingénieurs et de managers en plus d’ici 2027. C’est la recommandation du ministre de l’Économie, tutelle de l’Institut Mines-Télécom (IMT), selon le directeur général adjoint de l’institut, Vincent Charvillat. Le ministre en donne aussi les moyens à l’IMT. Alessandra Guion, PDG de Fintech Belgium, animait l’entretien.
Plus d’ingénieurs, plus de femmes
Vincent Charvillat a avancé un autre chiffre. En France, le manque est estimé à 10 000 ingénieurs par an au minimum pour soutenir cette stratégie de souveraineté européenne. Pour lui, une façon d’atteindre la croissance demandée est de corriger des déséquilibres, en particulier la faible place des femmes.
« La place des femmes dans les réflexions, dans la construction de cette économie et de ces technologies est insuffisante. »
Vincent Charvillat
Emploi et productivité, un double défi
Jeroen Franssen, expert talent et marché du travail chez Agoria, a dressé un tableau belge qui commence par une bonne nouvelle. Au cours des cinq à six années précédentes, la Belgique a créé un nombre record de nouveaux emplois. Elle s’attend à une solide croissance économique, en partie grâce à la numérisation. Mais le tableau comporte un double défi. Le nombre de demandeurs d’emploi a fortement baissé, et la démographie n’aidera pas au cours de la prochaine décennie. Le second problème est la productivité : « La Belgique a une productivité historiquement élevée, mais elle n’augmente plus », a-t-il résumé.
Des alliances aux doctorats européens
Côté formation, Vincent Charvillat a mis en avant les alliances universitaires européennes, des réseaux encore jeunes. Il en a compté une cinquantaine, et bientôt 60. Elles allient complémentarité et diversité, et elles doivent assurer la compatibilité des organisations. Ces alliances pourraient devenir de nouvelles institutions qui délivrent de nouveaux diplômes. Sa suggestion : « Pourquoi pas des doctorats européens en bonne et due forme. »
Jeroen Franssen a approuvé, avec deux remarques : l’Europe doit collaborer, mais elle doit aussi concentrer. Elle ne peut pas avoir les meilleurs professeurs dans chaque technologie émergente dans chaque État membre. Son appel : que l’Europe agisse comme une seule région. Des centres de connaissances y travailleraient avec des pôles décentralisés, axés sur l’application de la recherche et pas seulement sur la recherche fondamentale.
Reste à attirer et à retenir les talents. Pour Vincent Charvillat, l’excellence des formations européennes, belges et françaises doit être correctement mise en valeur, car c’est une question de visibilité. Un intervenant a ajouté que la rétention passe par l’attractivité et la mobilité ascendante sur le marché du travail européen, pas par l’enfermement des personnes.
Du campus aux entreprises
Pour Vincent Charvillat, travailler avec les entreprises est absolument essentiel pour le monde académique. C’est une cause qu’il porte au sein de l’institut. En écoutant les entreprises, chercheurs et enseignants peuvent comprendre leurs problèmes, et y répondre par la recherche, la formation et l’innovation. Encore faut-il des moyens : pour Alessandra Guion, cette collaboration, comme la mobilité, demande un financement adéquat.
Jeroen Franssen a raconté une histoire venue d’Agoria. Chaque année, Agoria organise une visite d’entreprises pour les étudiants de dernière année en ingénierie et en technologies de l’information appliquées. Dans une enquête à la fin de la visite, les étudiants ont cité en moyenne 1,8 entreprise vue pendant leurs études supérieures. Ce chiffre comprenait la visite elle-même. Autrement dit, 0,8 entreprise, même pas une.
La troisième édition du French Tech Sovereignty Summit Brussels a lieu le 28 janvier 2027 chez BNP Paribas Fortis, à Bruxelles.